Le Saint Graal

En arrivant à Port de la Selva, nous apercevons, nichée en haut de la montagne, ce qui nous semble être une abbaye en ruines.
Le marinero qui nous aide à nous amarrer nous explique qu’il ne s’agit pas d’une abbaye mais d’un monastère “Sant Pere de Rodes” autrefois très puissant qui enferme de nombreuses reliques dont le Saint Graal.
“Tou sais, lé Saint Graal, c’est céloui qui te permet d’aller tout droit au paradis. Enfin c’est ce que raconte la légende…” Tout ceci accompagné d’un grand clin d’œil…

Le lendemain matin, suivant les conseils avisés de notre marinero, nous décidons de nous mettre en quête de ce saint Graal et de nous rendre au monastère à pied. Mais car il y a toujours un mais, le monastère est à deux bonnes heures de marche et ça grimpe et ça grimpe ! et il fait chaud et il fait chaud ! et le chemin est exposé en plein soleil, en plein soleil !
Comme Laurence et moi ne sommes pas animés par la foi inextinguible des pèlerins qui sont prêts à y aller sur les mains pour sauver leur âme, nous nous y rendons en taxi, climatisé de surcroît.
Une fois parvenus à l’abbaye nous voyons arriver des marcheurs anglais qui auraient pu apprendre à nager le crawl dans leurs tee-shirts tant ceux-ci étaient trempés ! L’un d’entre eux, le plus rouge et le plus rond de la bande, qui avait du boire trois tonneaux de bière la veille aurait certainement coulé à pic s’il avait tenté l’expérience !

Comme on dit aujourd’hui Sant Pere de Rodes “coche toutes les cases”.

La vue qui embrasse le cap Creus jusqu’à la France est à couper le souffle.
L’ensemble de style roman est unique et d’une grande beauté.
Tout est magnifiquement restauré.
La nef centrale avec ses hautes voutes en pierres, ses chapiteaux corinthiens ressemble à un vieux vaisseau amiral.
La crypte sous l’abside, humide et sombre, qui enferme les saintes reliques, des ossements ayant soit-disant appartenus à la Vierge Marie donne la chaire de poule.
Les peintures murales aux couleurs délavées et à moitié effacées par l’usure du temps semblent jouer à cache cache avec le regard du visiteur.
L’audio-guide que nous avons loué, avec ses prières latines, ses chants bénédictins et ses lectures de la Règle de Saint Benoît qui nous emplissent les oreilles nous met habilement dans la peau d’un moine de l’époque. Ne manque que la location d’aubes pour que l’illusion soit parfaite !
L’histoire de cette petite communauté de moines qui au fil des siècles a bâti cette abbaye comme les aigles font leurs nids, pierre après pierre et qui a transformé les terres arides alentours en vignes florissantes, vendant leur vin dans le monde entier et régnant en maîtres sur tous les échanges commerciaux de la région ainsi que sur les milliers d’âmes des pèlerins venus chercher leur salut dans cet endroit renommé, est un pur reflet de la folie des hommes, de leur raison d’être sur terre.
Je ne sais si cet endroit a jamais enfermé le Saint Graal mais une chose est sûre, ces moines dans leur quête effrénée de spiritualité et de puissance étaient aussi fous que les chevaliers de la Table Ronde, sauf qu’ici leur histoire n’est pas une légende…

Sant Pere de Rodes
Sant Pere de Rodes
Sant Pere de Rodes
Le cap Creus
La Selva de Mar
La descente à pied quand même !

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