Cette année nous avons prévu de quitter la Sardaigne où nous avons déjà passé trois saisons pour poursuivre notre voyage en Méditerranée.
C’est donc la dernière fois que nous faisons en voiture le trajet Crozon-Toulon puis en bateau Toulon-Porto Torres et enfin à nouveau en voiture Porto Torres-Arbatax où nous attend Omer.
Sous prétexte de transporter notre nouveau radeau de survie, l’ancien étant trop cher à faire réviser en Sardaigne (neuf cent euros quand même, soit le même prix qu’un neuf), j’ai eu l’idée saugrenue de faire le voyage en voiture soit mille cinq cent kilomètres.
Notre programme est d’aller à Olbia, traverser jusqu’à Rome puis de poursuivre notre voyage jusqu’en Sicile. Nous avons un mois demi pour tout boucler ce qui d’après mes calculs est largement suffisant. A la fin du voyage je prévoyais que nous prendrions l’avion jusqu’à Cagliari puis un car jusqu’à Arbatax puis la voiture jusqu’à Porto Torres où nous passerions la nuit à l’hôtel puis le ferry jusqu’à Toulon puis à nouveau la voiture jusqu’à Crozon, soit à nouveau mille cinq cent kilomètres.
En écrivant ces lignes je m’aperçois combien ce plan était dès le départ totalement foireux, pas très écologiquement correct, fatiguant, autrement dit : Comment faire simple quand on peut faire compliqué ?
Mais n’anticipons pas. Pour l’instant nous voici à nouveau au chantier Valdès à Arbatax.
Nous sommes le 23 mai. Il fait beau, pas trop chaud, Omer est là, sur ses bers, toujours aussi jaune et beau, attendant tranquillement que l’on vienne lui flatter l’encolure.
Claudia, la gestionnaire du chantier, toujours aussi pétillante nous serre chaleureusement dans ses bras. Massimo son frère habituellement expéditif nous consacre tout son temps pour nous montrer les travaux qu’il a réalisés sur le bateau; le papa se fend d’un grand sourire et d’une poignée de main et la maman qui généralement est aussi gaie qu’un couloir d’hôpital fait mine de nous reconnaître. C’est que chez les Valdès, la confiance et l’amitié sont des qualités qui s’acquièrent avec le temps long. Il aura fallu trois ans pour gagner le coeur de cette famille un peu rugueuse mais cette fois nous avons l’impression de faire partie des leurs.
Laurence est tellement touchée par cet accueil qu’elle en vient à regretter de quitter la Sardaigne.
— Je me sens chez moi ici, c’est trop sympa. Et si on restait encore une année ?
Why not. Après tout rien ne presse, la Sicile peut attendre et puis je sens bien à travers cette phrase que Laurence n’a guère envie de passer des heures avec les haubans dans l’eau, le vent dans un sens et la mer dans l’autre ou encore de rôtir sous le soleil sans une once de vent, le quotidien du marin en Méditerranée…
Mais car il y a toujours un mais, nous avons promis à Attilio, le cousin de Laurence qui vit à Rome d’être présent à l’anniversaire de sa fille le 9 juin, dans quinze jours.
Entre temps nous devons récupérer Benoît, notre beau frère, le 28 mai à Olbia, traverser avec lui jusqu’à Rome, le mettre à l’avion le 31, retrouver Laura qui arrive le soir même et repart le 7 juin et enfin accueillir Adrien et Noah qui déboulent le 8 juin et repartent le 19. Bref nous avons un planning chargé et décidons de nous en tenir à notre calendrier.
Le 24 mai nous mettons Omer à l’eau et commençons notre remontée vers Olbia dès le lendemain.




