En quittant la magnifique île de Ponza nous, Sébastien et moi, apercevons sur notre bâbord avant une forme blanche flottant sur l’eau.
De loin nous pensions qu’il s’agissait d’un morceau de polystyrène égaré comme nous en croisons malheureusement trop souvent.
Mais car il y a toujours un mais, en approchant de la forme en question un doute s’installe. Pourquoi cette forme, s’il s’agissait d’une plaque de polystyrène, est-elle cubique et non plate et réfléchissante et non mate ?
Nous décidons d’aller élucider ce mystère; la barre à bâbord toute !
Deux cent mètres, cent mètres, cinquante mètres, vingt mètres. Mais c’est quoi ce truc ?
Le truc question est un congélateur avec son fil d’alimentation qui traîne derrière lui.
Plusieurs hypothèses s’offrent à nous :
La première, la moins plausible est que le congélateur appartient à un pêcheur qui l’utilise comme bouée pour son casier. Le problème est que le congélo est poussé par les vagues et son fil marron est trop court et pas de la bonne couleur pour être raccordé à la terre…
La deuxième hypothèse déjà plus plausible est qu’un pêcheur aurait mis son excédent de pêche dans le congélo mais comme le fil électrique qui traîne est marron ça pourrait vouloir dire que ça n’est pas le congélateur qui est à la masse mais plutôt le pêcheur. (C’est la même hypothèse que la première mais dite autrement pour ceux que mon cours d’électricité intéresserait…)
La troisième la plus plausible est qu’il pourrait s’agir d’un cocu qui aurait caché les restes de sa femme dans le congélo ou peut-être dans des congélos, une tête dans celui-ci, le tronc dans un autre, les jambes dans un troisième etc.
Entre parenthèse cette dernière hypothèse ferait un bon début de roman noir avec un titre évocateur : Le Landru de la mer !
Priscilla, la femme de Sébastien a suggéré qu’il pourrait s’agir d’une planque pour de la chnouf, après tout nous ne sommes pas loin de Naples et de la Sicile…
On pourrait aussi imaginer que ce congélateur est tombé d’un bateau appartenant à un belge qui l’aurait rempli de frites ou à un inuit qui aurait fait provision de glace pour son whisky, les inuits sont de grands amateurs de whisky, ou encore à un lecteur assidu de Paul Émile Victor qui y aurait mis ses bouquins pour mieux les conserver.
En mer et surtout par temps de pétole, l’imagination est comme l’horizon : infini.
Après moultes hésitations nous avons décidé de pas ouvrir le congélateur. Nous l’avons observé s’éloignant jusqu’à devenir une petite tâche blanche, emportant avec lui son mystère.


