Cette année les filles ne restant que trois jours à bord, nous avons prévu de faire un ou deux mouillages au nord de Palerme puis de revenir à Arenella pour qu’elles reprennent l’avion pour la France.
Nous voici donc en route pour Mondello, une grande anse bordée d’une belle plage au nord de Palerme.
Après une grosse heure de navigation nous mouillons dans une eau bleu turquoise au milieu de quelques bateaux.
Tout va donc pour le mieux mais à peine sommes-nous sortis de notre premier bain que nous voyons arriver des cohortes de zodiacs avec à leur bord des jeunes bien décidés à faire la fête.
Et justement en voici un avec cinq gaillards qui vient mouiller à deux mètres de nous. Apparemment ils ont déjà sérieusement entamé la caisse de bières qui trône au milieu du bateau et apprécient la musique de variétés italiennes surtout quand elle est diffusée par deux grosses enceintes incorporées au bateau. Ah tiens ceux d’à côté ont aussi les mêmes enceintes…Et comme un malheur ne vient jamais seul, nos gaillards adorent accompagner les paroles en braillant à tue-tête, sauf que étant déjà dans un état d’ébriété avancé, ils ont oublié la moitié des paroles…
Après le concours de chant place au concours de plongeons et franchement c’est pas beau à voir.
Ceux qui arrivent encore à se lever jettent un petit coup d’œil hardi aux filles avant de s’élancer dans les airs avec la grâce d’un pachyderme qui tenterait de réaliser un parfait saut de l’ange mais qui à mi-course, oubliant ce qu’il s’apprêtait à faire, retomberait comme une bonne grosse crêpe blindée, bien à plat au fond de la Billic.
Ouille sur le dos, Arrfff sur le ventre… C’est vraiment de moins en moins beau à voir.
A seize heures, miracle, ils décident de lever l’ancre. Nous pensions en être débarrassés mais car il y a toujours un mais, ils ont beau faire, leur ancre reste désespérément accrochée au fond de l’eau.
Les gaillards ont quand même réussi l’exploit de mouiller leur ancre sous le seul rocher que comporte cette baie dont le fond est sableux et s’étend sur deux kilomètres de long !
Après moult tentatives infructueuses je décide de prendre les choses en main et plonge à l’eau avec un masque. Leur ancre est effectivement passée sous un rocher. Je leur fais signe d’avancer doucement pour qu’ils passent au dessus de leur ancre et puissent ainsi la relever. Une manipe bien connue des marins et pas trop compliquée à réaliser pour ceux qui ont moins de trois grammes dans la sang… Mais le gars au volant a beaucoup plus de trois grammes et ne comprend rien à ce que je lui demande. Au lieu d’avancer doucement il semble hésiter puis donne de violents coups d’accélérateur, s’arrête, recommence, tout cela au milieu des vociférations des quatre autres gars qui croient avoir mieux compris la manipe que lui.
Tout d’un coup je réalise que je ne suis pas forcément au meilleur endroit, au meilleur moment, face à ce bateau piloté par un mec complètement bourré.
Je ne suis plus très sûr que mes «avanti ! ma piano piano» aient encore un sens pour le pilote dont le regard torve indique que plus aucune information ne semble parvenir jusqu’à son cerveau.
Par miracle ils réussissent enfin à remonter leur ancre et partent faire du bruit ailleurs sans un merci, sans un regard. Ah les petits saligauds !
Dix minutes plus tard, au secours ! les voilà qui reviennent ! Mais cette fois Laurence leur réserve un comité d’accueil aussi chaleureux que celui du directeur de la prison de la Santé à ses futurs détenus. Tout bourrés qu’ils sont les gars ont reçu le message cinq sur cinq et remballent leurs abattis sans demander leur reste.
En fin de journée tous les zodiacs sont repartis. Nous voilà à nouveau presque seuls. Nous gonflons l’annexe et allons à terre manger une bonne glace multi parfums comme seuls les italiens savent les faire.
Après une nuit sans encombre nous allons mouiller devant l’Isola del Femine, (l’île des femmes) une petite île sauvage et sans l’ombre d’une femme où nous passons la journée à nous baigner et à papoter avec les filles. Puis nous allons nous abriter à l’entrée du très joli petit port de Sferracavallo.
Nous sommes seuls et admirons le soleil se coucher à l’horizon tout en sirotant une petite bière.
Le lendemain matin alors que nous nous apprêtons à aller au village en annexe, la Garda Finança, encore elle, nous demande de partir car nous sommes soit disant mouiller dans un endroit protégé. Bien que cette information ne soit signalée sur aucune carte nous obtempérons et rejoignons à nouveau Mondello pour un dernier bain de mer.
De retour à Arenella, nous passons une dernière soirée avec les filles avant de les voir partir à regret pour la France.






