La guerre des pontons

Notre première navigation avec Laurence nous mène au cap San Vito qui se trouve à la pointe nord-ouest de la Sicile. Nous avons prévu de mouiller dans cette poche qui semble bien abritée car la météo annonce pour le lendemain un fort vent pour passer le cap.

Nous jetons l’ancre dans une grande baie entourée d’un côté d’une haute montagne et de l’autre d’une longue plage et du village coloré de San Vito.

Le panorama qui s’offre à nous est vraiment saisissant et fait penser à l’Afrique. Rien d’étonnant à cela puisque cette partie de la côte est surnommée la Sicile africaine. La spécialité de San Vito est d’ailleurs le couscous de la mer que nous avons bien l’intention d’aller goûter.

A la tombée du soir nous voyons sortir du port une procession de petits bateaux de pêche qui se dirigent vers nous, lancent des fusées rouges et avancent lentement aux sons des sirènes et des cornes de brume. Ils célèbrent la San Vito, la saint Guy, le saint patron des danseurs, mort en martyre.

Un vieillard à barbe blanche vêtu d’une sorte de chasuble de lin accompagné d’une vieille femme voilée et d’un petit enfant sont assis sur le bateau de tête. Ils sont sérieux comme des papes regardent droit devant eux, tout concentrés sur leur rôle. Mais qui est San Vito ? Ce vieillard chenu qui n’a plus vraiment la grâce d’un danseur ou ce jeune enfant qui n’a pas encore l’âge d’en être un ? Peut-être les deux…

Les bateaux s’arrêtent devant la plage, font le tour de la baie puis rentrent au port.

Au même moment quelques fusées de feu d’artifice éclatent dans le ciel puis tout redevient calme.

Nous pensions la fête terminée mais car il y a toujours un mais nous sommes réveillés à une heure du matin par un feu d’artifice, cette fois-ci un vrai qui durera une bonne demi-heure.

Le lendemain nous nous rendons au port pour aller déguster le fameux couscous de la mer.

Nous avons repéré sur l’application Navily que le ponton où nous avons fait notre réservation se trouve sur la droite en entrant. Et en effet nous voyons un marinero nous faire de grands signaux nous demandant d’attendre qu’un gros bateau de passagers qu’il est entrain d’aider ait fini d’accoster. Au même moment un autre marinero cette fois sur le ponton d’à côté nous fait lui aussi des signes nous indiquant de le rejoindre. Une altercations entre les deux gars s’ensuit. Nous ne comprenons plus rien à la situation et comme la manœuvre du gros bateau s’éternise, nous décidons d’aller vers le deuxième gars qui nous aide à nous amarrer.

En allant payer la nuitée, le responsable nous dit que nous n’avons pas réservé chez lui mais que cela ne pose aucun problème :

— Nous sommes tous amis ici, nous nous connaissons tous. Je vous fais le même prix que mon voisin et ne vous inquiétez pas, vous n’aurez pas d’amende à payer à Navily.

Et tout en nous disant cela, il signale d’un hochement de tête à son marinero l’entrée d’un autre bateau dans le port. Aussitôt le gars court au bout du ponton et fait signe au bateau de s’approcher tandis que le marinero d’en face tente lui aussi d’attirer le bateau vers son ponton.

La même scène que la nôtre se reproduit à quelques minutes d’intervalle et nous comprenons ainsi que la guerre des pontons n’est pas prête de s’achever !

Le soir nous allons déguster un délicieux couscous de la mer.

San Vito est fidèle à sa réputation.

Le cap de San Vito

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