Toute la famille est là

Nous voici maintenant à Syvota où le reste de la famille doit nous rejoindre en ordre dispersé.

Nous avons réservé une place au ponton dans la petite baie de Cavourno où nous sommes déjà venus deux semaines auparavant.

Nikos le chef de port nous accueille chaleureusement et nous indique comme la fois précédente, la même place aussi étroite qu’un trou de souris.…Encore un trou de souris ! Décidément nous sommes abonnés aux places riquiqui mais l’endroit est tellement beau et le maître de port est tellement sympathique que nous faisons contre mauvaise fortune bon coeur.

Nikos est un gars “speed”. Grand, vigoureux, le visage buriné, la soixantaine florissante, il en impose par son énergie et son autorité naturelle. Dès qu’il voit un bateau en approche, il se précipite sur son zodiac, part au devant de lui, l’escorte jusqu’à sa place, donne les consignes en anglais, saute sur le ponton, attrape une amarre, la tourne au taquet et repart aussitôt au devant d’un autre bateau. Il veille au grain.

Son acolyte dont j’ignore le nom est tout le contraire. La soixantaine moins triomphante, plus petit et moins athlétique que son collègue, parlant peu anglais et peu tout court, il se déplace toujours placidement même si la situation est tendue et nécessiterait un peu plus de célérité. Pour autant il connaît son métier, a le geste sûr et fait partie de ces gens de mer que plus rien ne semble émouvoir surtout lorsqu’il s’agit d’un énorme catamaran qui arrive beaucoup trop vite et risque d’emporter le ponton et lui-même par la même occasion.

C’est intéressant de les regarder travailler.

Chacun d’eux sait anticiper l’arrivée d’un bateau, désigner quelle haussière lancer en premier, la récupérer très vite même lorsqu’elle arrive en tas, ce qui arrive souvent, donner du mou à bâbord, reprendre à tribord, ou l’inverse, mettre une garde ou pas, déhaler un bateau, et en dernier recours si la manœuvre est vraiment ratée, monter à bord et filer à l’avant pour reprendre une amarre; ces gars-là savent tout faire, leurs gestes sont précis et c’est une vraie leçon de les observer faire leur boulot.

Lorsqu’ils ne travaillent pas, les deux compères s’installent à l’ombre d’un grand pin. Ils ont réuni le stricte nécessaire, deux pliants pour s’asseoir, une Thermos pleine de café et une grosse pierre plate qui leur sert de table. Et les jambes allongées, sirotant leur café, le regard perdu dans le bleu de la mer, ils profitent de l’instant.

Il est maintenant l’heure de prendre possession de la maison que nous avons louée pour une semaine.

Sur Google Maps nous l’avions choisie en raison de sa situation qui nous semblait idéale, proche du ponton où nous comptons laisser Omer, et non loin du centre de Syvota. Mais car il y a toujours un mais, nous n’avions pas imaginé que la montée pour y accéder depuis le ponton serait aussi raide. C’est donc en nage, le coeur battant la chamade et un peu inquiet à l’idée de faire ce chemin quatre fois par jour avec des enfants en bas âge que nous nous présentons à l’heure dite pensant rencontrer le propriétaire des lieux.

Celui-ci se présente sous la forme d’un message nous indiquant le code d’entrée, l’endroit où se trouve les clés et un numéro de téléphone en cas de problèmes. Les temps modernes…

La maison comporte trois étages avec une chambre par étage, deux salles de bain, un petit salon et un coin cuisine. Mais c’est surtout sa terrasse avec sa grande table et sa vue imprenable surplombant le magnifique site de Syvota qui fait le charme de l’endroit avec en point d’orgue la petite tache jaune d’Omer miroitant en contrebas.

Comme prévu Mahé et Dim arrivent dans l’après-midi. En dépit de l’heure matinale à laquelle ils se sont levés, Cléo et Lucien sont surexcités. C’est la première fois qu’ils ont pris l’avion et fait une traversée en bateau pour venir de Corfou jusqu’au continent et chacun d’eux veut être le premier à nous raconter sa journée. Mais à peine l’un commence t-il son récit que l’autre lui coupe immédiatement la parole pour ajouter son grain de sel. Bref au bout de deux minutes c’est la cacophonie générale. L’effet jumeau joue à plein tube et il faut l’intervention musclée des parents pour interrompre le pugilat… La semaine s’annonce mouvementée…

Pour calmer les esprits, nous décidons d’aller prendre un bon bain de mer et de profiter des derniers rayons du soleil à la plage.

Les enfants qui ont l’habitude des baignades bretonnes où la température de la mer n’excède jamais dix neuf degrés sont surpris par la chaleur de l’eau et ravis de se baigner sans se faire drosser par une grosse vague. Ils s’en donnent à coeur joie et nous finissons tous la soirée au restaurant de Cavourno où nous avions réservé une belle table avec vue sur la mer.

Le lendemain Laura et Antoine nous rejoignent et c’est ainsi que nous nous retrouvons tous les onze pour la première fois en vacances.

Confortablement installés sur un transat, main dans la main, Laurence et moi contemplons avec émotion notre petite famille profiter des joies de ce magnifique endroit.

Il y a huit ans, lorsque nous avons quitté la Bretagne et que nous n’étions encore que cinq membres dans la famille, nous n’imaginions pas qu’arrivés au terme de notre odyssée méditerranéenne, la Grèce, la famille se serait aussi vite agrandie et ce n’est peut-être pas fini …

La vue de la maison
Retrouvailles des cousins à Syvota

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