Et une bougie de plus…

Le lendemain nous hissons l’ancre et quittons le magnifique site de Syvota pour nous rendre plus au sud à Preveza où nous avons réservé une place d’hivernage pour Omer.

En chemin nous décidons de faire une halte pour la nuit à Two Rocks Bay.

Nous sommes le 21 juillet, jour de mon anniversaire.

Nous avions repéré sur l’application Navily que cette baie possédait un petit restaurant surplombant la mer où nous comptions bien passer la soirée pour fêter mes soixante dix ans.

Cette baie où sont mouillés quelques voiliers est l’une des plus belles que nous ayons connu. Elle est à la fois grande et refermée sur elle-même. Le fond de sable est émeraude et les falaises qui la bordent sont recouvertes d’une végétation dense et verte.

A la jumelle, nous apercevons un chemin qui serpente dans la végétation et descend vers une plage de sable fin où sont plantés quelques parasols. Le restaurant doit être juste au dessus.

Vers dix neuf heures nous mettons l’annexe à l’eau et nous dirigeons vers la plage.

Le restaurant est une sorte de food truck dont la carte composée essentiellement de hamburgers et de Hot Dogs surgelés accompagnées de Coca et autres Fanta ne donne pas très envie.

Nous sommes un peu déçus car nous pensions diner dans un petit restaurant typique avec vue sur la mer et non dans une gargote qui sent l’huile de friture à dix kilomètres.

Mais car il y a toujours un mais, la patronne, une charmante grec, nous signale qu’il y a un restaurant à quatre kilomètres et que si nous le souhaitons, elle peut demander au patron de venir nous chercher.

Nous acceptons bien volontiers sa proposition et attendons la venue du patron confortablement installés sur la terrasse surplombant la baie avec deux verres de Spritz bien remplis, posés sur la table.

Une demi heure plus tard nous voyons arriver un bonhomme d’une cinquantaine d’années au volant d’une voiture hors d’âge.

La route pour aller au village est assez défoncée et sinueuse et le gars conduit vite. La guimbarde ne possède ni suspensions ni amortisseurs ni direction assistée et donne l’impression que l’habitacle est indépendant du châssis et qu’à chaque nouveau virage il va continuer sa vie avec nous d’un côté et les roues sans nous de l’autre…Nous n’avions pas connu pareille sensation depuis l’attraction phare de Disney World, Space Mountain, où nous avions emmené les enfants jadis…Sauf qu’ici la sensation est réalisée sans effets spéciaux.

En chemin le gars nous explique dans un français hésitant mais précis qu’il a vécu en France et a épousé une marocaine avec laquelle il a ouvert un restaurant dans son village natal.

Le restaurant en question, une sorte de préfabriqué, ne paye pas de mine mais il est situé à côté d’une jolie église grecque toute blanche et possède une grande terrasse avec en contrebas un terrain vague où des enfants jouent au ballon et au lointain une chaîne de petites montagnes grillées par le soleil.

L’endroit est désert mais a un côté désuet qui ne manque pas de charme.

Notre chauffeur nous dirige à l’intérieur où se tient une dame voilée qui nous salue d’un timide “bonjour”.

En maître des lieux, il nous présente les plats, tous des ragoûts de mouton ou de bœuf disposés à la queue leu leu dans des grandes cuves en inox comme à la cantine.

La présentation est un peu inattendue et le menu moins grec que ce à quoi nous nous attendions mais ça sent bon les épices et nous optons chacun pour un ragoût différent.

Pour l’instant nous sommes les seuls clients. Il est vingt heures et nous nous demandons comment on peut avoir l’idée d’ouvrir un restaurant dans un coin aussi perdu.

Nous en sommes là de nos réflexions lorsque nous voyons arriver un jeune couple suivi de peu par une tribu de français, des grands parents aux petits enfants en passant par les oncles et tantes qui tous saluent le patron et sa femme, prennent de leurs nouvelles, bref des habitués qui visiblement viennent d’arriver.

Quelques minutes plus tard un autre groupe de français prend place à côté de la tribu et c’est ainsi qu’en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la terrasse déserte se remplit de français qui sont heureux de se retrouver pour les vacances.

En arrivant nous ne nous attendions pas à fêter mon anniversaire dans une ambiance aussi franchouillarde mais l’ambiance est bon enfant, les ragoûts délicieux et le petit gâteau de riz sur lequel la patronne a pris soin de planter une bougie, plein d’attention.

Et c’est le coeur léger que nous reprenons le chemin du retour en compagnie de notre drôle de chauffeur et de sa guimbarde infernale…

Two Rocks Bay
petite église grecque

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