Après un dernier bain de mer dans les eaux turquoises de Two Rocks Bay, nous levons l’ancre pour aller à Preveza où Omer doit passer l’hiver.
Nous arrivons à la marina par vent soutenu et décidons sans rien demander à personne de nous amarrer à un long ponton derrière un magnifique voilier d’au moins vingt cinq mètres de long battant pavillon britannique.
A en en juger par le regard réprobateur du néanmoins très flegmatique propriétaire du beau voilier, nous comprenons que ce ponton est sans doute réservé à ce genre de bateau. Mais car il y a toujours un mais, aujourd’hui, pour clôturer dignement la saison 8 d’Omer, nous n’avons nullement l’intention de nous faire enfermer une fois de plus dans un trou de souris et je réponds à la froideur de notre très british voisin par un sourire d’une obséquiosité dégoulinante digne du pire courtisan de la cour de Louis XIV.
Et pour bien lui faire comprendre que ce ponton n’est pas sa propriété nous commençons par l’envahir de tout ce qui doit être lavé et rincé : linge, sale bien sûr, housses, voiles, masques, tubas, annexe, pare-battages…
Je crois que le gars n’a pas toujours pas compris comment un si petit bateau pouvait contenir un tel bazar et pour chasser de sa vue ce déballage infâme de notre intimité, le voilà qui plonge tête la première dans son Daily Mirror préféré rejoindre les ors de la cour royale d’Angleterre. So British !
Le lendemain matin à huit trente pétantes nous recevons un appel de la capitainerie nous demandant de nous présenter devant le Travel Lift et en moins d’une demi heure, Omer est hissé sur un chariot, emmené à sa place et calé sur ses bers.
En huit ans d’hivernage, nous n’avons jamais vu une telle efficacité mais est-ce l’immensité de ce terre-plein poussiéreux et brûlé par la chaleur ou la vue de ces centaines de bateaux anonymes alignés les uns à côté des autres, pour la première fois nous quittons notre cher petit voilier avec la douloureuse impression de l’abandonner à son triste sort.
A l’année prochaine Omer !




