Les travaux d’Hercule

1 – Envoyer le Spi en passant le cap Finisterre

Aujourd’hui nous devons passer le cap Finisterre, notre cousin du Finistère, le cap le plus à l’Ouest de la Costa da Morte (côte de la mort), littéralement « fini la terre ». C’est donc une émotion de passer ce cap, ce bout du monde de l’Europe en pensant qu’après c’est le continent américain.

Pour le saluer je rêvais depuis la veille de le passer sous spi, pour la beauté du geste. Et il se trouve qu’aujourd’hui les conditions s’y prêtent, nous sommes vent arrière, le vent n’est pas trop fort, 13 nœuds, la visibilité est bonne, seulement voilà, une grosse houle de 2 à 3 mètres venant de l’arrière fait dangereusement tanguer le bateau et surtout Laurence et moi n’avons jamais envoyé le Spi, seuls…

Laurence qui est une femme prévoyante avait demandé à Erwan, notre skipper, de lui dicter la « to do list » pour envoyer le spi. Aussi munie de son pense-bête, elle à la barre et moi à l’avant, nous nous lançons dans la manœuvre.

« Comme de bien entendu », ce qui pour des marins aguerris n’est qu’une simple formalité, une lettre à la poste, est très vite devenu pour nous poste restante…

Je crois qu’il n’y a pas un seul des 10 points de la « to do list » que nous ayons réussi du premier coup.

L’écoute qu’il fallait passer à l’extérieur était à l’intérieur, le tangon qui doit être perpendiculaire au vent et parallèle à la mer ne l’était pas, le hale-bas qui aurait du être tendu était trop mou, la balancine l’inverse sans compter les nombreuses fois où je me suis pris les pieds dans la longe de mon harnais de sécurité.

Après avoir refait la « to do list » dans le bon ordre pour la xième fois, nous envoyons le spi mais au lieu de se gonfler et de propulser Omer comme un pure sang au grand prix de l’Arc de Triomphe, le bougre s’entortille comme une liane tropicale tenace autour de l’étai. (le câble qui permet de hisser la voile d’avant). Tout est à refaire !

Mais car il y a toujours un mais, comme disait le Cid, « la valeur n’attend pas le nombre des années » et à nos âges il est grand temps de montrer que nous sommes toujours jeunes…

Aussi décidons-nous, un de reprendre notre calme, deux d’ inspirer et d’expirer lentement, trois de bien contracter le diaphragme, quatre de bien ouvrir les chakras et les méridiens, cinq d’avoir une pensée positive pour la planète et six d’envoyer ce p…de b… de spi qui nous casse les c…depuis une plombe !

Et là le miracle se produit. Le spi se gonfle, une grosse vague nous propulse en avant et Omer casaque jaune toque rayée blanc et bleu salue le cap à brides abattues!

2 – Déboucher les toilettes du bord

C’est fou ce que sur un bateau les orifices peuvent parfois vous « orifier ».

Après avoir salué le cap Finisterre nous arrivons à Camarinas, un charmant port de pêcheurs où nous sommes accueillis par un capitaine de port fort aimable et fort fort sympathique. Le soleil du soir dore la crête des montagnes, irise l’écume des vagues, l’air doux transporte les rires des enfants, bref c’est l’heure d’aller boire un petit verre pour nous remettre de nos émotions. Mais car il y a toujours un mais, nous découvrons avec horreur que les toilettes du bord sont bouchées. Ceci est d’autant plus vexant que je les ai changées juste avant de partir.

J’avais souvent entendu des histoires de toilettes bouchées, contées avec force détails scatologiques mais je ne pensais pas que cela m’arriverait un jour. Après avoir passé deux heures, plié en 4, agenouillé dans une attitude quasi christique devant la cuvette des ch…, un tournevis à la main et l’autre trifouillant les entrailles d’Omer, je finis par libérer l’orifice délictueux…

Morale de l’histoire : ne jamais croire que ce genre de choses n’arrive qu’aux autres.

2 Replies to “Les travaux d’Hercule”

  1. ah ah ah !
    Mais dans ces petites fortunes de mer la bonne étoile d’Omer ne vous a visiblement pas lâché : le spi entortillé finit souvent déchiré et le tournevis démerdeur a une fâcheuse tendance à crever les canalisations.

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  2. Je n’ai jamais réussi à monter le spi lorsque nous n’étions que deux. La taille du tangon est très dissuasive, je trouve, même pour mon petit bateau…

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