Grenade sans l’Alhambra

Après avoir passé quelques jours à Almerimar à parler anglais (il y a beaucoup d’anglais), manger des tapas, boire du Rioja et se baigner, nous décidons de visiter Grenade et surtout l’Alhambra.
Nous louons une voiture, sillonnons la Sierra Nevada, trouvons un hôtel et demandons à la réceptionniste de nous réserver des places pour visiter l’Alhambra le lendemain matin.
Mais car il y a toujours un mais, la réponse est sans appel :
« Impossiblé »
« Impossiblé ? »
« Si impossible in english, impossible en français. »

On a beau se dire « qu’impossible n’est pas français » quand on vous répète le même mot en trois langues différentes, généralement c’est qu’il n’y a pas d’erreur de compréhension possible, impossiblé de se tromper…

Pour visiter l’Alhambra, qu’on se le dise au fond des ports, il faut réserver le 31 décembre pour le 31 octobre !
Alors contre mauvaise fortune nous faisons bon cœur, nous prenons le 11 (nos deux jambes) et gravissons la colline pour nous rendre à l’Alhambra dans l’espoir qu’il y ait ce matin-là la finale de la coupe de la ligue à la télé, un météorite qui menace de rentrer en collision avec la terre et plonge tout le monde aux abris, une manifestation monstre en faveur de la distribution gratuite de billets de 500 euros tous les dimanches, la descente en hélicoptère de Bruce Springsteen et de Byoncé pour un concert surprise, la visite du prince William, de son épouse et de leurs enfants au maire de la ville, bref un événement de taille qui nous laisse la place libre…
Rien de tout cela ne se produisit.

Une fois parvenus au sommet de la colline, nous découvrons des files de touristes de tous pays munis de billets en bonne et due forme.
Nous décidons alors de nous promener dans les jardins de l’Alhambra et de nous consoler en allant boire un verre à la terrasse du Parador (hôtel de luxe en Espagne) qui domine la ville.

Le soir nous déambulons dans le quartier des gitans et entrons dans une cave où doit avoir lieu un concert de flamenco.
Contrairement à Séville où nous avons assisté à un spectacle donné par des musiciens et des danseurs professionnels pour des touristes, le groupe qui se produit ce soir est composé d’un chanteur assez âgé dont la voix semble légèrement fausse et d’un guitariste qui ne paie pas de mine.
Mais car il y a toujours un mais, si nos musiciens ne sont visiblement pas des professionnels, ils vivent leur musique avec une telle ferveur qu’ils nous plongent dès la deuxième chanson au plus profond de l’âme andalouse.
Penché en avant, crispé dans une attitude de profonde douleur, les veines du cou prêtes à exploser, le chanteur semble improviser un chant qui ressemble à un cri de souffrance suivi de mélopées convulsives. Sa voix rauque et chaude déraille, se reprend, déraille à nouveau, éructe. Les doigts du guitariste courent sur le manche, accompagnant chaque convulsion de son partenaire. Une famille au grand complet, parents, enfants, oncles, tantes, nièces, neveux et grands parents, visages foncés et cheveux couleur aile de corbeau commence à frapper dans les mains produisant un son mate et un rythme syncopé. Un des fils se lève, attrape un tambour et se joint aux musiciens.
L’atmosphère monte d’un cran.
Une très jeune fille, de onze ou douze ans se lève à son tour, cambre le dos et avance, altière, vers les musiciens en se déhanchant et en tournant les mains à la manière d’une danseuse de flamenco. Elle est un peu ronde, porte un short, un débardeur et des tongs mais malgré sa tenue inappropriée, elle a déjà le rythme et les gestes d’une vraie danseuse.
Le chanteur s‘avance vers elle, danse avec elle, chante pour elle tandis que la famille à l’unisson frappe dans les mains et pousse des Olé d’encouragement.

C’est beau, puissant, touchant. C’est l’Espagne !

Les jardins de l’Alhambra
Mahé et Laurence à Grenade
Laurence et Mahé à Grenade

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