Depuis que nous sommes à Majorque, nous vivons une vie de Robinson.
Nous mouillons de cala en cala, plongeons dans des eaux translucides et nous abandonnons insensiblement à cette vie de nomades des mers avec le goût du sel sur la peau, du temps qui s’écoule du sablier en grains fins et légers et du spectacle de la Grande Ourse qui se prend pour le chat et la souris et joue à cache-cache avec le reflet de la lune sur le mât du bateau.
Majorque avec ses falaises qui tombent à pic dans l’eau, ses grottes marines hautes comme des cathédrales où la houle fait vibrer de sons ancestraux ces nefs aquatiques à la manière d’une grande orgue, Majorque avec ses sentiers étroits tendus comme des fils entre les montagnes et ses petits murets de pierres sèches qui semblent vouloir contenir tout le poids de ces colosses, Majorque, c’est une sensation.
Lentement nous glissons le long de cette côte grandiose, écrasés par le poids de cette beauté mais aussi enchantés, transportés et comme transcendés par toute cette splendeur.
Notre route nous mène à Soller, un petit port où nous devons retrouver une amie, Régine et François, un de ses amis. Tous deux sont venus s’offrir une petite parenthèse à leur vie parisienne.
La parenthèse s’ouvre sur nos retrouvailles ponton E place 60 à 17 heures.
Régine nous emmène dare-dare au village de Soller à bord d’une Vitara (une sorte de mini jeep) prêtée par P. un ami. Dare-dare pourrait être le sobriquet de Régine car à peine installée au volant, elle appuie sur le champignon comme Prost sur l’alignement de départ du grand prix de Monaco!
Anda guapa !
François qui a galamment cédé sa place passager à Laurence se retrouve très vite assis à l’arrière de la voiture avec les genoux enfoncés jusque dans les trous de nez. Plié en quinze, son mètre quatre vingt douze a bien du mal à entrer dans cette boîte à chaussures pour enfant lancée comme un bolide par Régine… Deux minutes plus tard, alors qu’il en faudrait au moins dix pour toute personne normalement constituée, l’ex championne de kart, nous dépose devant une maison prêtée par un certain V.
A partir de ce moment François est surnommé l’enfant et comme tout enfant qui s’est réveillé tôt, il a envie de faire la sieste. Mais car il y a toujours un mais cette heureuse perspective est reportée à plus tard car la bande de mauvais parents que nous sommes, Laurence, Régine et moi n’a pas du tout l’intention de céder au caprice de cet enfant qui a grandi trop vite.
Le soir même nous allons faire bombance chez un ami de Régine un certain P. qui reçoit en compagnie d’une charmante A.C.
Parmi les invités un certain L. ancien architecte, sculpteur et artiste spécialisé en Land art reconnaît Laurence, « la plus jolie des assistantes de l’Ecole Spéciale d’Architecture. » Et voici que P. ancien prof dans la même école d’architecture reconnaît lui aussi Laurence et que son voisin de table, ancien élève lui aussi de cette même école s’y met lui aussi. Et voici comment une soirée où personne n’était censée se connaître se transforme en une soirée Copains d’avant dont évidemment ceux qui n’étaient pas d’avant se sentent un peu exclus. Alors pour faire bonne figure, les non Copains d’avant se mettent à boire plus que de raison et c’est légèrement éméchés que l’enfant et ses parents rejoignent la maison calle de Jesus.
A peine arrivé, l’enfant nous déclare qu’il a envie de faire la sieste sauf qu’il est deux heures du matin et que la soirée Copains d’après ne fait que commencer ! De mémoire la fin de cette soirée s’est perdue dans le cul de la xième bouteille de vino rosado… L’enfant a enfin pu aller se coucher…
Le lendemain matin, bon pied bon oeil, Régine nous propose de nous emmener dare-dare nous baigner dans une cala à quelques kilomètres de Soller.
Anda guapa !
Au volant de la Vitara, elle savoure déjà le chrono qu’elle va battre pour aller à la cala lorsqu’un énorme autocar conduit par un chauffeur suisse qui prend ses virages à la vitesse d’un ralenti dans un film de Lelouche lui barre la route. « Dare-dare » est folle de rage et nous, comment dire, nous nous prenons d’une affection subite pour ce chauffeur helvète qui nous refait chabadabada sur les sentiers sinueux de la Costa Tramuntana.
Après nous être baignés et avoir déjeuné copieusement, l’enfant a à nouveau envie de faire la sieste.
En guise de réponse Dare-d’are l’installe à l’arrière de la Vitara et anda ! La sieste ce sera pour plus tard ! Au fond de nous-mêmes, nous prions tous les saints pour que le chauffeur helvète ait eu la bonne idée de prendre le chemin du retour juste avant nous mais que nenni, le bougre est parti faire chabadabada ailleurs et la voie est libre !
Anda guapa !
Quelques virages plus tard, nous arrivons en pièces détachées à la calle de Jesus. Dare-dare exulte, elle a réalisé son meilleur chrono et l’enfant plié, fourbu, réclame à nouveau de faire la sieste. En parents pédagogues que nous sommes, nous lui expliquons qu’à vingt heures il est trop tard pour faire la sieste mais que par contre il est grand temps de boire un premier biberon.
Autant l’enfant peut avoir des idées fixes et crispantes comme la sieste par exemple autant il est de bonne composition. De mémoire il prit son dernier biberon à cinq heures du matin puis partit se coucher sans maugréer mais en tanguant légèrement…
Le lendemain, Anda guapa ! Direction le port de Soller où Omer nous attend pour nous emmener dans la cala des calas ! Baignade, tapenade, aubade (l’enfant chante et joue de la guitare à merveille et cela tombe bien il y a une guitare à bord) l’enfant a à nouveau envie de faire la sieste.
La difficulté dans l’éducation des enfants est de leur apprendre la notion du temps.
« Il est 19:00 l’enfant, ce n’est plus l’heure de faire la sieste. »
« Biberon ? »
« Bien, tu apprends vite… mais attends encore un peu. »
Anda guapa !
Direction Calle de Jesus où nous passons notre dernière soirée.
Les bougies, le charme du petit jardin au pied du clocher de l’église et des montagnes alentour, le vino rosado, les daurades grillées et surtout le plaisir d’être ensemble, de savourer le plus longtemps possible notre rencontre joyeuse et échevelée… Bientôt la parenthèse magique se refermera et l’enfant pourra enfin aller faire la sieste.
Anda !









Joyeux anniversaire grand frère !!!! Bisounettes de la ville chaude.
AA
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À bas les chauffeurs helvètes !
Vive notre amitié
Anda !!!
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