La Sicile est une magnifique île, montagneuse, sauvage, contrastée. Quelques villages accrochés à la cime des montagnes comme des nids d’aigle dominent des vallées arides et poussiéreuses tandis qu’à un jet de pierre, des villes riches de leur passé, peuplées d’églises et de palais somptueux révèlent un tout autre visage de l’île. Sicile terre de contraste comme disent les guides touristiques, une expression galvaudée mais qui ici n’est pas usurpée.
Mais car il y a toujours un mais, la côte sud de la Sicile où nous nous trouvons est plate, bordée de longues plages surmontées par des mers de plastique où poussent difficilement, tant la terre est sèche, des kilomètres de rangées de légumes.
Les petites calas que nous affectionnons tant sont rares et bondées, le vent dans le canal de Sicile est capricieux et la mer agitée. Naviguer dans un endroit pareil avec un enfant de trois ans n’est donc pas idéal.
Aussi envisageons nous de changer de programme et plutôt que de longer la côte jusqu’à Marzamemi, une jolie petite station balnéaire dans le sud du détroit de Messine, nous penchons pour l’île de Malte qui semble beaucoup plus attractive.
Le problème est que Malte se trouve à une dizaine d’heures de navigation de Ragusa ce qui nous semble un peu long pour notre petit Noah.
Après moult tergiversations nous optons pour Malte et appareillons à six heures le lendemain matin.
La météo prévoit un vent modéré, de travers, idéal pour la navigation.
Il fait beau, nous hissons les voiles et avançons à cinq noeuds, juste ce qu’il faut pour arriver en fin de journée.
Noah se réveille une heure après notre départ, prend son petit déjeuner, échange les nouvelles du jour avec Poussinou et contemple la mer. Car Noah est un grand contemplatif. Il peut passer de longs moments à rêvasser sans dire un mot et soudain se réveiller et devenir un moulin à paroles.
Il faut dire que son père et lui n’arrêtent pas de se faire des blagues et que dans ce domaine Noah a beaucoup d’imagination, même si souvent ces blagues tombent complètement à l’eau…
La journée passe donc entre rêverie, partie de dames, dessins et apprentissage des noeuds, activité qui va le passionner.
Adrien a installé deux lignes de traîne pour pêcher du gros. A cinq noeuds il espère bien au moins ferrer une bonite. Il est d’autant plus sûr de lui que nous avons croisé plusieurs chasses, signe que la zone est poissonneuse.
Vers seize heures le vent forcît, la mer se creuse, le bateau se met à gîter. Nous sommes un peu inquiets à l’idée que ce changement de rythme n’affecte Noah. De surcroît il reste encore trois heures de navigation. Mais autant ces trois heures vont nous sembler longues, autant lui ne s’apercevra de rien; au contraire.
L’eau qui défile sous ses yeux, l’écume des vagues qui apparaît puis disparaît lui donnant l’impression d’apercevoir des dauphins, la petite corde qui lui sert à apprendre à faire des noeuds et qu’il fait flotter au vent, tout le fascine.
A dix huit heures nous arrivons au nord de l’île de Gozo. Le vent est toujours assez fort mais nous décidons de mouiller dans la petite baie d’Ir-Ramla devant une jolie plage où nous passons une première nuit seuls et sans encombre.
Le lendemain nous occupons notre journée à nous baigner, nous gonflons l’annexe pour aller manger une glace et le soir nous nous rendons au port de Mgarr pour faire un ravitaillement.
Jusqu’ici Malte c’est parfait sauf qu’Adrien n’aura rien pêché. Arrfff !





