Swiming but not diving

Entre Corfou et le continent, la mer ionienne ressemble à un gigantesque lac, coincé entre l’aridité de la côte grecque avec les plis et les replis de ses hautes montagnes qui font penser de loin à des dos de vieux éléphants et la verdeur de l’île de Corfou où des chênes lièges, des eucalyptus, des pistachiers, des palmiers bordent les côtes avec une exubérance que rehaussent les bougainvilliers et les lauriers roses partout présents dans l’île.

Notre endroit préféré est un petit port, Longos, sur l’île de Paxos. Moins fréquenté que Lakka où des dizaines de bateaux mouillent les uns à côté des autres ou que Gaios qui est un endroit charmant mais malheureusement beaucoup trop touristique, ce petit port de pêche est resté dans son jus. Bien sûr le quai est bordé de quelques restaurants et boutiques de vêtements mais l’ensemble est à échelle humaine et il règne là une odeur de simplicité et d’authenticité qui nous a tout de suite séduits.

Aussi avons-nous décidé d’y passer deux ou trois jours, au mouillage, juste à l’entrée du port que nous rejoignons sans problème avec Barth, notre annexe, pour aller boire un café, manger un plat de crevettes Saganaki ou faire le plein de nos bidons d’eau.

Notre séjour dans ce petit paradis se déroulait sans encombre mais car il y a toujours un mais, un matin Laurence se réveille avec un terrible mal à l’oreille. Cela faisait déjà plusieurs jours qu’elle sentait une douleur mais comme d’habitude dans ce genre de situation, elle serrait les dents, prenant son mal en patience.

Diagnostique de Chat GPT : l’otite du nageur. Conseil : aller consulter un médecin.

Il est sympa Chat GPT mais nous sommes dimanche, en bateau, sans moyen de transport et sur une petite île grande comme l’île de Groix.

Laurence tape centre médical sur Google Maps et contre toute attente, l’île en possède un ouvert le dimanche.

Nous appelons le centre en question et obtenons un rendez-vous pour midi. Ouf une première épine de pied en moins.

Les bus ne desservant pas l’île un dimanche, nous appelons un loueur de scooters dont nous avons repéré l’enseigne à l’entrée du port. Faute de réponse, nous décidons d’aller voir s’il est ouvert.

Malheureusement la boutique est fermée. Voyant que nous avons un problème, la serveuse du café d’à côté nous propose très gentiment de l’appeler sur son portable.

Nous nous installons à sa terrasse, commandons un café et effectivement, quelques minutes plus tard nous voyons arriver un petit bonhomme qui fonce vers nous en levant les bras au ciel :

–– Bonjour je suis Yorgos, je suis désolé mais je n’ai plus de scooters ni de voitures disponibles mais si vous voulez j’ai un Quad qui rentre à 11: 30; est-ce que c’est ok pour vous ?

Laurence :

–– On aurait préféré une voiture mais c’est d’accord. Pas plus tard que 11:30 car nous avons rendez-vous à 12:00 au centre médical.

–– Ok, promis je reviens dans une heure.

Un quart d’heure plus tard nous voyons revenir Yorgos tout sourire.

–– Madame va être contente, finalement j’ai une voiture pour vous, je vais la chercher et m’occupe de vous.

Et voilà comment en moins d’un quart d’heure la gentillesse des grecs, en l’occurrence celle de la serveuse et de Yorgos va démêler une situation que nous redoutions en nous réveillant.

Une heure plus tard nous sommes confortablement installés dans notre petite voiture climatisée et découvrons l’intérieur de l’île avec ses murs en pierres sèches, ses vieux oliviers tordus par les années et devant chaque maison toujours ce feu d’artifice de bougainvilliers et de lauriers en fleurs.

Le centre médical, une sorte de maison coloniale basse, ressemble à un dispensaire africain avec sa grosse croix rouge sur le fronton et son drapeau grec passablement élimé qui pendouille au bout d’un mât.

L’intérieur du centre est lui aussi rustique :

Un coin salle d’attente avec de vieux bancs en bois, un bureau d’accueil avec ses murs en plastique défraîchi et une salle de soins avec un simple lit médicalisé en fer. On se croirait dans un film des années soixante. Tiens c’est drôle, le médecin, un grand type d’une cinquantaine d’années, vêtu d’une blouse et d’un pantalon vert passablement défraîchis, est assis au bureau d’accueil entrain de manger un énorme sandwich; c’est le sosie de Jacques Tati !

Vautré sur sa chaise, son sandwich à la main, la gars a l’air totalement épuisé.

Laurence lui explique son problème mais Tati semble beaucoup plus soucieux de ne pas faire une nouvelle tâche de mayonnaise sur sa blouse, visiblement il n’en n’est pas à son premier sandwich mayo.

Entre deux bouchées il lui dit :

–– Ah you are the ear, go to my room.

Laurence s’installe sur le lit recouvert d’un tissu taché.

Le médecin la rejoint et l’ausculte sans même s’être lavé les mains.

Le médecin :

–– Diving ? All tourists dive, diving is no good

Laurence :

–– No, swiming

Le médecin

–– Ah ok…

Il prescrit à Laurence des gouttes à mettre dans l’oreille et des antibiotiques.

Laurence :

–– May I pay with a credit card ?

Le médecin :

–– No, only cash. Just give me something to buy a coffee. Here we work for free.

Laurence :

–– Ok we go get some cash and we come back.

Une demi-heure plus tard nous sommes à nouveau au dispensaire.

Pendant ce temps celui-ci s’est transformé en cours des miracles.

Un vieux grec qui a un énorme pansement à la jambe et qui visiblement a ses entrées, interrompt une consultation pour se faire refaire son pansement tandis qu’une famille transportant un enfant ayant fait un malaise arrive affolée et qu’une jeune fille en maillot de bain est allongée, inanimée sur le fameux lit métallique, une perfusion dans le bras.

Au milieu de ce capharnaüm improbable, Jacques Tati est tout à fait à l’aise. Il jette un coup d’œil à Laurence qui agite un billet de vingt euros. Tati ravi lui indique d’un coup de menton son bureau où une jeune assistante prend le billet et se perd en génuflexions comme si elle avait vu la Sainte Vierge.

Le traitement fut efficace et Laurence pût reprendre ses activités de swiming but not diving…

2 Replies to “Swiming but not diving”

  1. Salut, Je me régale, toujours lire Votre blog avec un Steele toujours aussi marrant. De mon côté j’ai eu la même chose à mon oreille, je l’ai soigné à coup d’anti-inflammatoires pendant deux jours. Bonne suite

    François Magnat

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