Petit coup de chaud

Après Nisida nous faisons cap vers le sud de l’île à Petritis où nous sommes déjà allés avec Laurence un mois plus tôt.

A bord chacun a pris ses marques, Muriel est à la barre, Adrien met une ligne de traîne à l’eau tandis que Laurence et Noah papotent comme deux vieux complices qu’ils sont…. Quant à moi je navigue de la table à carte où je tiens scrupuleusement à jour le livre de bord au cockpit où l’accomplissement de l’un des mes rêves “faire du bateau en famille” s’accomplit sous mes yeux.

A Petritis la mer est turquoise et le restaurant au bord de l’eau où Poseidon veille sur les navires est toujours aussi enchanteur.

Nous avions prévu de rester un jour de plus mais la météo annonce du fort vent pour le surlendemain et les jours suivants. Nous décidons donc de retourner à marina Gouvia où il y a des douches, des sanitaires, une piscine accessible aux plaisanciers, la ville de Corfou à une demi-heure de car et les souvlakis de Georges…

Cette fois nous avons une place bien située, loin des restaurants et surtout très bien aérée. Et pendant deux jours nous profitons des attraits de Corfou et de ceux de la marina.

Heureusement le surlendemain la météo est au beau fixe et nous décidons d’aller à Sagiada sur le continent.

La navigation se passe sans encombre et nous mouillons non loin de l’entrée du port.

Jusqu’à présent tout se déroule bien mais car il y a toujours un mais, le vent forcit, la mer se creuse rendant le mouillage très inconfortable.

Au bout d’une heure nous relevons l’ancre et tentons un nouveau mouillage derrière la digue d’entrée du port pensant ainsi être mieux protégés. Mais force est de constater que nous sommes toujours autant secoués.

Que faire ? Il est un peu tard pour repartir, aussi décidons-nous de tenter une entrée dans le port.

La passe est étroite et la marge de manœuvre est très limitée en raison d’un manque cruel de profondeur. L’affaire s’annonce un peu touchy…mais qui ne tente rien n’a rien…

Nous installons les pare-battages, tournons les amarres aux taquets, chacun est à sa place, Adrien devant, les filles à l’arrière, Noah dans son trou de souris, moi à la barre et en avant toute !

Nous avons le vent en travers et ma crainte est qu’au moment d’embouquer l’entrée du port une forte rafale ne vienne nous drosser sur les rochers.

Est-ce l’instinct du marin, l’expérience ou la chance, toujours est-il qu’à peine trente secondes après avoir mis la gomme nous nous retrouvons dans les eaux calmes du port.

La suite de la manœuvre fut rondement menée notamment grâce à Adrien qui réussit à nous amarrer à une place guère plus grande que le trou de souris de Noah mais à quai et bien à l’abri du vent.

Muriel qui n’a pas l’air de détester les sensations fortes est aux anges et nous décidons de fêter notre petite prouesse au restaurant.

Sagiada est un petit port de pêche qui est resté dans son jus.

Ici on est loin des bars branchés et bruyants de marina Gouvia et de ses restaurants qui proposent toutes les cuisines du monde dans une seule assiette.

Ici tout est calme, la cuisine est simple, locale, en l’occurrence du poisson que l’on peut choisir à l’étale, et le personnel d’une gentillesse déconcertante.

Malheureusement cette image un peu idyllique de ce petit port va peut-être bientôt se fissurer. Nous apprenons que comme beaucoup d’autres ports sur la côte, Sagiada a été acheté par un fond de pension américain qui a l’intention d’en faire the “place to be”.

Le drame dans ce genre de situation n’est pas tant pour nous les touristes, après tout un peu de musique techno et de world food ne vont pas changer notre sort mais pour la population locale qui voit les loyers quintupler en l’espace de quelques mois et doit finir par quitter les lieux faute de pouvoir les payer. C’est ce qui est arrivé à Gouvia et c’est sans doute ce qui risque de se produire ici.

Et c’est avec la sensation à la fois nostalgique et un peu douloureuse d’un monde qui va disparaître que nous regagnons le bateau, Noah dans son trou de souris, Muriel et Adrien dans le terrier à l’avant et Laurence et moi dans nos banettes étroites et inconfortables.

Sagiada
Sagiadia

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